
Samedi matin 8h30
Enorme montée boueuse dans les monts Lyonnais… mon vtt patine et mon cœur bat à 180, aussi vite que si j’avais une paire d’as en table finale du wsop mais avec la douleur en plus dans les jambes…
Allez j’accroche mes camarades de ballade qui m’attendent en haut, franchement je suis en train de souffrir le martyre… dire que je me suis levé à 6H30 en m’étant couché à 3H et que je pédale le visage plein de boue manquant de me vautrer sur chaque caillou qui se cache sous les feuilles.
Rapport avec le poker ? et bien même couvert de boue, pleurant ma misère à chaque montée qui m’arrache les jambes, me brise le dos et tétanise les bras de douleur je ne pense qu’à une chose… cette paire d’as cassée hier soir par un K10. Même dans 2 heures 30 je serai toujours à ruminer ce fameux coup de poker.
Et oui au fin fond de la nature, abattu par la fatigue et la douleur je ne penserai à rien d’autre que cette fin de partie de ce matin. Il y a encore 5 heures je tenais des cartes rentre les mains.

On est au stade final d’un petit tournoi entre amis… j’ai 8 000 jetons, le chip 12 000 et un troisième à 3 000. Je suis BB à 400 on est plus que trois… Le chip lance 800 et la SB fold. Je regarde mes cartes AA… je relance de 2000 le profil du gambler de mon adversaire me pousse à slow player. Il paye.
J92 le flop… parfait le flop…
Je check avec un grand numéro d'acteur et bien évidemment il allin jouant sa partie sur ce coup comme je le prévoyais… je call et je retourne mes AA et lui me montre sa pauvre main: K10. Quel mauvais bluff… enfin semi bluff une des quatre dames le sauverait… 18 % max de chance… suis cool…
Turn ? Q évidemment je sors… je ne dis rien, il ne s’excuse pas. Il avait quoi… rien il jouait son tournoi là-dessus… et je l’avais booby trappé de belle façon.
Vous savez on dit qu’on arrive toujours à se souvenir de certaines mains pendant des années, et bien en sortant prendre l’air, après ce coup, je me souviens pas de mes plus grands coups gagnés en slow playant mais seulement de ceux perdus alors que j’avais amené mon adversaire là où je voulais : au fond du trou.
Et je me rends compte d’une chose : aujourd’hui il existe une catégorie de joueurs qui échappent à mes pièges et qui me font perdre des places en tournoi. Une catégorie de joueurs que l’on rencontre souvent sur les freeroll et les tournois à buy in minime sur le net.
Les joueurs que l’on appelle gentiment les gamblers. J’en ai rencontré quelques uns depuis que j’ai commencé. Ils m’ont laissé des cicatrices sur les cartes.
Je me remémore encore…
Un QQ allin preflop aux termes de 3 heures de bataille aux satellites des qualifications du WPT Paris à l’ACF qu’un visionnaire en BB me call avec AK et son big stake alors qu’il n’a rien à faire dans le coup et qui touche son K sur le turn.
Un AK suited sur un 3ème tournoi freezout pour le 1 M $ Titan qui me permet si je finis pour la 3ème fois d’affilée sur la table finale de me qualifier. On est plus que 39 sur 300 et je allin pre flop UTG pour voler les blinds en ayant donné une image super tight à la table (normal je finis dans les 10 et c'est 22 000$ mini assurés). Je me fais caller par un KQ en BB qui touchera son brelan de Q sur le flop… jouer son tournoi sur KQ… encore un visionnaire…
Une partie privée un samedi soir avec un « gambler » reconnu de la région qui n’a joué qu’en mode ON OFF toute la soirée… mode ON : relance pre flop et allin sur flop mode OFF : je me couche. J’ai fini par le remonter en chips et je pense l’avoir en slow playant un QQQ sur turn... coup de chance le gars à ma droite fait tapis... je relance pour notre gambler faire allin mais il couche ses 2 paires... manqué ! damn... Alors tout s’est terminé sur un flush draw, je le voyais sur une paire d’A après le flop et j’ai donc entendu son immanquable « allin »… j’ai jeté une pièce en l’air en lui disant que face je callais avec 36% de chance de faire mon flush et pile je couchais… face et pas flush je sortais sous le regard médusé de tous… et en jetant cette satanée pièce par la fenêtre.

Bref je me souviens avoir souvent croisé ce genre de joueurs : les gamblers. Un nom qui ne signifie pas grand-chose, mais qui nous évite de les appeler les abrutis, les couillons, les cocus… parce que la plupart du temps ce sont des gens sympathiques mais forts en gueule. Des gens qui ne jouent pas qu’avec leurs cartes mais aussi avec du blabla interminable et leur instinct.
Des joueurs qui pensent que le poker est un jeu de hasard, peut être des anciens joueurs de loterie des villages voisins mais certainement des gens qui n’ont pas compris que le poker est régi par des lois mathématiques qui peuvent se calculer et que jouer contre les chiffres, à terme, ne paye pas.
Franchement je suis insultant dans les appellations que je donne à ces gens mais il faut que l’on m’explique ce qu’ils font dans le monde du poker. Ce sont des cibles idéales pour des sites on line ou des pigeoneurs de cash game. Des gens qui ne jouent qu’avec leur chance et qui ne mise que sur une carte ou deux pour les sauver. Des joueurs qui si tout va bien vont gagner de belles sommes et qui dès que la chance tournera en perdant d’encore plus grosses car ils ont un point commun : ils ne savent pas se coucher !
Cette façon de jouer leur permet de gagner gros puisque ils sont toujours perdants avant la carte miraculeuse et s’ils la touchent ils feront tomber 2 ou 3 tapis en bad beat. Le problème pour ces gens est le jour où la chance les quitte… le danger est là.
Ils mettront encore plus de temps à remonter la pente qu'un joueur solide qui revisera de nouveau ses bases et leur façon de jouer leur fera perdre des sommes ahurissantes car ils ne savent pas s’arréter. Des gens qui font tapis avec 18% de chance de gagner se mettent en condition de perdre 4 coups sur 5… ça passe encore en tournoi freezout mais en cash game 4 rebuy de tapis… en fin de soirée ça fait cher. Dans une spirale de loosed c'est du suicide.
Et le problème avec des style de jeu comme cela c’est qu’on ne les rencontre plus que sur le net en freeroll ou petits tournois mais de plus en plus dans les parties privées entre amis. A croire qu’ils ne savent jouer que de cette façon… il est vrai que les motivations de chacun varie lorsque l’on fait des parties live. Que le buy in est minime mais cela n’empêche pas de jouer sérieusement. Un style ON OFF comme cela tue le jeu et rune une table de poker.

Alors quel est le profil de ce joueur ? difficile à dire mais c’est un joueur généralement sympathique qui a une grande gueule mais qui reste discret lorsque la pile de jetons devant lui n’augmente pas. C’est un joueur qui s’excusera de gagner ses coups foireux en en reparlant le lendemain mais qui sur le coup se foutra de vous en les gagnant (donkey) ou ne dira rien considérant sa victoire chanceuse comme normale puisqu'il a misé underdog, il a pris les risques donc il mérite de gagner...
C’est un joueur qui va caller toutes les blinds pour voir tous les flops et surtout c’est un joueur qui ne sait pas coucher ses cartes… là est tout le problème, vous ne pourrez pas le bluffer il ira au bout de son raisonnement... ce qui sera génial 4 coups sur 5… mais l’unique coup qu’il aura de gagnant si c’est en tournoi qu’il le fait il vous sortira sur un monstrueux bad beat et vous ne pourrez revenir dans le jeu pour le plumer comme le prévoit les lois de la probabilité.

Bref un coup de gueule envers ces joueurs que je ne comprends pas et que j’ai du mal à jouer… mais en y pensant bien tous ces joueurs qui nous permettent de grossir en chips durant un tournoi, toute cette chair à pater qui permette aux bons joueurs de monter en stake dans les prmières heures de tournois... ne serait pas aussi des gamblers qui callent nos slow play tombent dans les pièges, payent des trucs impayables et qui au fianl ne touchent pas une de leur 4 cartes uniques miraculeuses qui les feraient gagner… ?
Les gamblers ne sont ils pas en somme que des fishs qui ont de la chance ? des donkeys qui callent avec tout et n’importe quoi dans l’attente de se faire plumer 4 fois sur 5 ou alors qui rentrent tous les flops qu’ils veulent les soirs où la chance est avec eux ?
Mince je n’y pensais pas cela… en gros faut il accepter de perdre des coups en étant à 85% favori pour que la loi des probabilités soit respectée : plumer 4 fois sur 5 le gambler…
Alors ok allez je n’y pense plus à ces mauvais bad beats qu’on m’a infligé sur des coups joué de façon si illogique…. Ça y est je me calme… je pédale… la route est vallonnée mais j’ai trouvé mon rythme ça y est j’ai compris que le poker est fait de routes d’asphalte et de chemins boueux pleins de pièges à éviter… tranquille Ben, roule allez roule…





